L'Univers
de Yamato
Réflexions autour de Yamato (page 2 sur 6): Yamato, facho ?

Si nous avons donné beaucoup de notre temps depuis plusieurs mois afin de communiquer sur cette oeuvre, c'est que nous sommes bien évidemment convaincus que la réponse à cette question est NON. Ce n'est semble-t-il toutefois pas une évidence pour tout le monde, il nous a donc paru nécessaire de nous exprimer sur le sujet, en tentant d'être le plus objectif possible.

Pour commencer, voici ce qui nous a motivé à réaliser cette rubrique : Sommaire :


Le contexte

Comme nous l'avions déjà souligné, l'utilisation d'un navire de guerre ayant existé n'est pas unique à cette oeuvre. Quelques années auparavant, une série télévisée américaine avait utilisé le même principe ayant certainement fait écho dans l'esprit de Nishizaki et des amateurs de SF qu'il côtoyait. Il s'agissait de Star Trek (1966-69), dont le vaisseau l'Enterprise faisait référence à un navire de guerre américain, le porte avion du même nom qui batailla dans les eaux du Pacifique. Certes le design de ce dernier n'a plus grand-chose à voir avec l'original, au contraire du Yamato, mais son équipage y était cosmopolite avec par exemple la présence de l'acteur américano-japonais George Takei dans le rôle de Sulu. Les américains ont encore prononcé cet aspect dans la récente série de 2001 Star Trek Enterprise puisque dans l'épisode Desert Crossing, jouent trois anciens officiers ayant servi sur le véritable porte avion. On peut également ajouter que même la série Star Trek donna à l'un de ses vaisseaux le nom de Yamato avec l'USS Yamato de classe Galaxie (Star Trek, facho ?). Pour la petite histoire, signalons que le créateur de cette autre saga, Gene Roddenberry, aimait beaucoup la culture japonaise et qu'il se maria en 1969 avec une actrice de la série, au Japon, dans une cérémonie shinto.

Il faut souligner également que la création du concept fut ruminée par Nishizaki alors que le cinéma japonais produisait de plus en plus de long-métrages sur la Guerre du Pacifique, tel en 1968 Daitoa Senso (la Guerre du Pacifique) de Nagisa Oshima (Furyo, L'Empire des sens) ou en 1970 Tora Tora Tora où officia Toshio Maeda qui participera à la saga du Yamato. Le Japon d'alors revenait sur cette période qu'il avait un peu mise de coté. Il faudra attendre la fin des années 50 pour que le cinéma évoque ce conflit notamment dans le très beau La Harpe de Birmanie de Kon Ichikawa.
L'animation d'alors explorait peu de thèmes adultes et forts. On peut estimer que cela commença avec des oeuvres telles Ashita no Joe ou Tiger Mask qui inséraient dans leur récit des éléments historiques et sociaux de leur pays. De plus, l'animation n'avait jamais évoqué de front la Seconde Guerre Mondiale (en dehors bien sûr des films d'animations anti-américains produits pendant la guerre). En utilisant cet emblème national de la sorte, cela permettait à la fois d'avoir un regard sur ce terrible passé tout en étant transporté dans une aventure dépouillée justement de tous ces aspects idéologiques militaires même si l'utilisation de cet emblème peut toujours être critiquée.

On peut émettre d'autres influences qui auraient pu jouer sur l'imagination de Nishizaki pour un bâtiment marin pouvant prendre de l'altitude dans les airs. Il y a entre autre le sous-marin créé par Shunrô Oshikawa (1876-1914, l'un des fondateurs de la SF japonaise) dans son roman Kaitei Gunkan (1902) adapté en 1963 au cinéma par Inoshiro "Godzilla" Honda dans le film Atragon et dont le scénariste de Yamato, Eiichi Yamamoto scénarisera les OAV éponymes.
Le sous-marin volant est toujours de mise au Japon avec un Gotengo qui combat justement Godzilla dans le tout dernier opus The Final War (2005) réalisé par Ryhuei Kitamura (Versus).

En 1969 sortira également au cinéma, le jour du premier pas sur la Lune, le long-métrage d'animation Sora Tobu Yureisen (Le Vaisseau fantôme volant) où Hayao Miyazaki officia en tant qu'animateur clé et anima notamment la scène de destruction de Tokyo par un robot. Ce film qui connut un grand succès en Russie et réalisé par Hiroshi Ikeda (Les Joyeux pirates de l'île au trésor) soulignait le déploiement de la puissance militaire en ville. Avec son Trois Mats naviguant dans les airs, un énigmatique capitaine masqué d'un crâne humain aidera le jeune et courageux Hayato (doublé par Masako Nozawa : Tetsuro du Triple 9, Son Goku...) contre une mystérieuse organisation.

Le navire volant est aussi un concept qui remonte à des âges qui ont précédé notre ère. Comme la barque solaire (1) des égyptiens qui même si elle ne volait pas était associée à l'astre sidéral et dans certains cas en dehors de l'Egypte, aux étoiles. Plus proche de nous, certaines légendes oubliées du Moyen-Âge évoquent des navires aériens. Jules Verne a créé le sien avec son Albatros dans Robur le conquérant et depuis plusieurs décennies la littérature fantastique et différentes formes de fiction ont arboré cette image poétique.

(1) Pour les égyptiens (4000 ans av-JC) le soleil est un dieu. Il n'est pas perçu comme une étoile et l'endroit où il se trouve est assimilé à un océan, d'où l'utilisation de la barque. On pourrait dire que celle-ci ne vole qu'au regard de notre époque.

Il est intéressant de constater que 1974, année où fut lancée la saga Yamato, représente pour certain, comme le scénariste Natsuo Sekikawa (Au temps de Botchan avec Jirô Taniguchi), la fin de l'après-guerre. Les années qui lui précédèrent furent justement fortement marquées par divers mouvements politiques tel les activistes de l'Armée Rouge qui remirent en cause le traité de sécurité américano-japonais (certains pourraient voir dans Yamato un parti pris envers cela dans le fait que celui-ci représente un Japon qui se prend en main sans aucune aide). Il y eu également le choc pétrolier de 1973 (Yamato suggérait-il déjà la recherche de nouvelles énergies ?) mais aussi la première présence dans l'espace du premier satellite japonais Osumi le 11 février 1970 après quatre ans d'essais infructueux. Il y eu même quelques évènements qui firent ressurgir physiquement la Seconde Guerre Mondiale. Deux soldats japonais plus ou moins isolés sur des îles, croyaient encore que la guerre avait perduré. Soichi Yokata sur l'île de Guam fut retrouvé en 1972 et deux ans plus tard Michio Onoda sur l'île de Lubang.

>> En complément de ce paragraphe, nous vous invitons à consulter la page suivante : Yamato 009 ou le Yamato dans l'univers de Cyborg 009



La résurrection du cuirassé Yamato

Yamato est l'oeuvre de plusieurs personnes. Le concept initial est attribuable à Yoshinobu Nishizaki, qui est le créateur et producteur de la saga. Comme nous n'avons pas manqué de le mentionner dans sa biographie, Nishizaki est un personnage sulfureux, on ne peut donc pas complètement exclure la possibilité que pour lui, le fait de ressusciter le cuirassé Yamato puisse être emprunt d'une certaine nostalgie de la "grandeur" du Japon impérial du début du 20ème siècle. Il faut tout de même préciser également que les souvenirs d'enfance de Nishizaki sont fortement liés à cette époque puisqu'il avait 11 ans à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Très rapidement, de talentueux artistes se sont ensuite associés à l'entreprise, parmi eux les scénaristes Eiichi Yamamoto, Keisuke Fujikawa, et bien sûr, l'incontournable Leiji Matsumoto qui s'est très fortement impliqué dans l'ouvrage. En ce qui concerne ce dernier, il n'est absolument pas surprenant qu'il ait été immédiatement enthousiasmé par le projet, car il lui permettait de poser un pied dans l'animation, qui plus est pour une série de science-fiction, domaine qui le passionne et dont il a longtemps été écarté. La résurrection du cuirassé Yamato a certainement également profondément inspiré Matsumoto. En effet, il est bien connu que Matsumoto est un grand amateur d'armes et de machines de combat, en particulier celles de la Seconde Guerre Mondiale. Il n'y a par contre aucune ambiguïté chez lui vis à vis des idéologies au service desquelles ces armes sont employées. Bien qu'il soit par exemple un grand amateur de sous-marins et d'avions de combat allemands, il condamne sans équivoque le régime nazi, comme on peut notamment le voir dans l'histoire courte L'Eternel Allégretto récemment publiée en France par l'éditeur Kana en supplément du tome 2 de L'Anneau des Nibelungen. Il réprouve également vivement les sacrifices "pour l'honneur" largement pratiqués dans l'armée impériale nippone. L'oeuvre de Leiji Matsumoto exalte en effet la liberté, la tolérance, et avant tout le respect de la vie humaine.

A ce titre, la séquence du 2ème épisode de la première série qui montre les derniers instants du navire Yamato est exemplaire. La tragédie humaine de la fin du cuirassé (plus de 2500 morts (2)) y est exposée avec une certaine compassion, mais sans aucun parti pris, puisque l'on y voit un pilote américain adresser un salut respectueux au géant terrassé ainsi qu'à son équipage. De retour en 2199, le capitaine Jyuzo Okita dénonce la vocation de l'ancien cuirassé Yamato en mettant l'accent sur la différence fondamentale du nouveau : "Ce Yamato ci n'a pas été conçu pour la guerre. Son but premier est de prévenir la vie d'être détruite".

(2) Un des rares rescapés, Yoshida Mitsuru (1923-1979) relata cette expérience dans les ouvrages Genkan Yamato (1949) et Senkan Yamato-no Saigo (1952). Peu de temps avant sa mort, il évoqua le cuirassé de l'espace en étant très satisfait que celui-ci soit très différent de celui à bord duquel il avait servi.

Le nazisme avait détourné en un signe du mal l'essence du svastika indien, vieux de plus de 10 000 ans et qui signifiait un élément de spiritualité utilisé également par de nombreux autres peuples. Avec cette saga, c'est le contraire. D'un navire de guerre, le Yamato devient un vaisseau de paix qui réhabilite quelque peu la conscience japonaise avec son douloureux passé. Passé qui se termina de façon catastrophique en parti à cause d'un Japon qui malgré le fait qu'il courait à sa perte, avait continué à se battre. La volonté de faire face à l'histoire du Japon tout en tournant la page est encore plus marquée dans Yamato 2520, puisque le design du nouveau Yamato y a été confié à un américain, Syd Mead, à qui l'on doit également la conception des visuels de Blade Runner et Aliens.

Pour en revenir au fascisme représenté par ce navire par le biais du gouvernement auquel il appartenait et qu'il servait, cela est certes plus que regrettable, mais avant tout, ce cuirassé représentait non pas une idéologie mais un sentiment de fierté pour tout un peuple. Son nom même signifiant le nom originel du Japon. Quelques 60 années après que le Japon s'ouvrait sous la pression, voire la menace militaire américaine, et après que cette dernière eut permis de créer un Japon fort, celui-ci se retrouvait avec le vaisseau marin le plus puissant du monde. C'est en cela qu'il marqua fortement les esprits, même ceux qui étaient contre la guerre. De plus, son destin final fut un geste de désespoir qui même s'il était suicidaire, fut un fait d'arme qui honorait le Japon alors que d'autres tel le massacre de Nankin étaient ignominieux et inspiraient la honte du peuple japonais envers lui-même.
Si l'utilisation de ce navire peut choquer parce qu'il appartenait à un régime fasciste, il ne le représentait pas. Si l'on doit suivre cet ordre d'idée, il aurait fallu abandonner la production de la coccinelle de Volkswagen qui était une des réussites économiques du nazisme. Disney serait-il un Nishizaki en puissance ? Tout comme Steven Spielberg qui dans son Empire du Soleil nous montre des aviateurs japonais en les idéalisant fortement dans une image faite de fascination esthétique. D'ailleurs le cinéma, même américain, regorge à ce niveau d'une attirance pour le coté visuel de cet aspect de l'esthétisme militaire japonais. Hugo Pratt adorait dessiner les costumes militaires de tout pays alors que son personnage le plus envoûtant était des plus détaché des préoccupations militaires et politiques.

Une oeuvre plus récente comme Cosmowarrior Zero ne souffre d'aucune ambiguïté à ce niveau là, et pourtant, le Karyu (Dragon de feu) commandé par Warius Zero fait référence à un avion de guerre japonais de type chasseur-bombardier mis en chantier en 1944 et qui aurait pu servir si la guerre s'était prolongée. Le Kagero que pilote également Warius dans le premier épisode est aussi une autre référence à un navire ayant servi dans le Pacifique lors de la bataille des Salomons en août 1942. Les exemples sont nombreux chez Leiji Matsumoto et montrent une fois de plus que ce n'est pas l'idéologie mais la technologie et la mécanique des vaisseaux de guerre qui de part leurs esthétismes, est attractif.
Dans Submarine Super 99, les références sont encore présentes avec par exemple le Kuroshio, destroyer japonais de classe Kagero qui batailla lors de la Guerre du Pacifique. Dans cette série, le mal est représenté par un ennemi dont le chef Hell Death Bird pourrait faire penser à l'Allemagne hitlérienne. C'est d'ailleurs dans l'oeuvre de Matsumoto un élément de grande importance que de représenter un peuple voulant asservir tous les autres. En cela, la résistance est justifiée et permet en parallèle une critique du Japon militariste.




Militarisme, colonialisme et esprit de revanche ?

Pour en revenir aux termes "militaire" et "colonialiste (3)", ils sont tout à fait appropriés pour qualifier le régime impérial japonais qui a fait construire le cuirassé Yamato en 1937. Qu'en est-il du régime terrien en l'an 2199 ?
Il n'est pas facile de répondre à cette question, tant il est vrai que l'on ne dispose en fait que de très peu d'informations sur ce sujet. Quoi qu'il en soit, un gouvernement militaire serait parfaitement justifié vue la criticité de la situation dans laquelle se trouve la Terre en cette fin de 22ème siècle : la surface de la planète est entièrement dévastée par des pluies incessantes d'astéroïdes radioactifs, les quelques poches de survivants se terrant toujours plus profond dans des cités souterraines afin d'échapper aux radiations. La survie à court terme de l'humanité étant sérieusement compromise, il y a de toute façon peu de place pour la démocratie. Une fois cette crise passée et la planète décontaminée, une nouvelle ère commence. Même si l'on a toujours relativement peu d'informations sur le système politique en vigueur, on apprend dans le film Saraba Uchû Senkan Yamato: Ai No Senshitachi l'existence d'un président. On peut donc raisonnablement supposer qu'il s'agit d'un régime démocratique, et non militariste. Malgré l'aspect pop des costumes des principaux protagonistes, avec leurs motifs aux couleurs vives, et les inévitables pattes d'eph des années 70, il s'agit pourtant bien d'uniformes, et ceux qui les portent sont en effet membres des Forces de Défense Terrestre. Yamato ne met pourtant que très peu en avant les valeurs traditionnelles de l'armée. On voit à plusieurs reprises au cours de la saga de jeunes recrues défiler au pas avant d'intégrer l'équipage du Yamato, mais cette rigidité militaire semble s'effacer en partie dès qu'elles posent le pied à bord du cuirassé spatial. L'autorité du capitaine s'exerce bien entendu sur l'équipage, mais la discipline collective cède vite la place à l'individu (tendance qui sera plus prononcée encore avec l'équipage de l'Arcadia), ce qui permet alors au spectateur de découvrir des personnages profondément humains, avec leurs faiblesses et leurs doutes.

Pour ce qui est du colonialisme, Pierre Giner a probablement joué sur l'ambiguïté de ce terme. Dans Yamato, les Terriens ont colonisé certaines planètes du système solaire. Ces planètes n'étaient bien entendu pas habitées, il n'y a donc pas de peuple colonisé. Pourtant, le terme "colonialisme" n'implique pas forcément qu'il y ait soumission d'un peuple, on peut donc en effet parler de colonialisme dans Yamato, même si ce mot a une connotation très lourde qui est ici complètement fausse.

(3) Le colonialisme japonais est entre autre né du fait que ce pays, qui grâce à l'Occident (France, Angleterre, Allemagne) qui lui prêta main forte, désira de même devenir aussi puissant. Il ne pouvait alors en passer que par une expansion de son territoire, tout comme ses modèles. Expansionnisme qui fut même approuvé notamment par l'Angleterre lors de la prise de Port Arthur par exemple.

D'autres spécialistes parlent de revanche dans Yamato. C'est le cas d'un texte de référence, Robot géant : de l'instrumentalisation à la fusion (4) de Bounthavy Suvilay. Le mot "revanche" a une connotation qui joue également sur l'ambiguïté de cette action. Revanche d'avoir perdu la guerre ? Revanche envers qui ? Il est clair que si l'on s'arrête à la première réflexion que nous inspire la vision du Yamato dans cette oeuvre de fiction, il est facile d'en conclure que le vaisseau fut mis sur les rails des cellulos par simple désir de métempsycose d'un passé militaire et une exaspération sur la perte de la guerre. Mais il n'en est rien. Il s'agit surtout d'une rédemption. Les auteurs ont voulu s'affranchir de ce passé qui pèse négativement sur eux mais ils ne pouvaient le faire qu'en lui faisant pleinement face. Ainsi, faire renaître cette icône guerrière qui a servi l'axe du mal permettait tout en acceptant son rôle réel, de le noyer à nouveau, cette fois-ci dans la mer sidérale et ainsi lui octroyer une seconde chance aux yeux du monde, ou tout du moins de se racheter envers lui-même.

(4) Le texte mentionne qu'un navire japonais portait déjà ce nom lors de l'attaque de Port Arthur mais cela est une erreur car il n'y eut sous ce patronyme, que le seul navire dont il est question ici. Par contre, la classe Yamato incluait quelques autres cuirassés construits dans les années 30 comme le Musashi et le N°111.




Racisme et culte du sacrifice ?

On peut peut-être également reprocher à Yamato le manque de diversité ethnique parmi les personnages, en particulier au sein de l'équipage du cuirassé spatial sauveur de la Terre. Tous sont en effet japonais, représentés sous des traits occidentaux. Les raisons historiques et commerciales qui expliquent cette bizarrerie graphique très répandue dans le manga et la japanimation dépassent largement le cadre de cette rubrique, nous n'avons donc pas l'intention de nous appesantir sur le sujet. Dans les années 70, le métissage ethnique n'était pas encore communément de mise dans ce type d'oeuvre. Il faudra attendre le début des années 80 pour voir avec Macross l'arrivée de personnages noirs, en même temps qu'une très belle histoire d'amour multicolore entre Claudia Lasalle et Roy Fokker, qui paraît-il avait choqué certains à l'époque. Parmi ces pionniers on peut également citer Cyborg 009, ou encore le superbe film de Rintaro réalisé entre 1976 et 1985, Kamui no Ken qui mettait en scène, outre des indiens et américains aux origines africaines, un héros aux origines aïnous (tout comme le suggérait déjà le film Hols prince du soleil de Takahata en 1969). Yamato n'a donc pas été précurseur sur cet aspect. On peut bien sûr le regretter, mais c'est en tout cas beaucoup moins sensible dans Yamato que dans d'autres oeuvres, comme par exemple le film Le Choc des Mondes de George Pal et Rudolph Maté. Dans ce grand classique de la science-fiction américaine des années 50, la Terre est condamnée à la destruction, et seuls quelques êtres humains choisis pour perpétuer l'espèce vont pouvoir embarquer à bord d'une fusée spatiale reconvertie en arche de Noé. Parmi cet équipage fort logiquement constitué pour moitié d'hommes, et pour moitié de femmes, il n'y a bien sûr que des blancs. C'est peut-être difficile à croire avec le recul, mais cela n'avait probablement pas beaucoup heurté la sensibilité des spectateurs de l'époque. Pour revenir à la saga Yamato, la récente série d'OAV Dai Yamato Zero-Gô rattrape cette injustice avec l'arrivée du personnage de Denzel Spear, capitaine en second du Great Yamato. Dès le début de la saga, Yamato nous offrait également une romance entre un Terrien et une extra-terrestre, ce qui était déjà une petite révolution (dont on retrouvera d'ailleurs l'écho dans Macross), même si cela avait déjà été imaginé dans des romans de science fiction comme celui de Philip José Farmer en 1961 avec Les Amants étrangers ou Trip dans le réel de Robert Silverberg.

Un autre reproche qui a parfois été fait à Yamato est de glorifier le sacrifice. Ce n'est pas complètement faux, mais il serait très maladroit de tenter d'y voir un parallèle avec le culte du suicide tel qu'il était pratiqué par les samouraïs ou les kamikazes japonais lors de la Seconde Guerre Mondiale. Si l'on fait exception du "presque suicide" de Mamoru Kodai lors du premier épisode de la série Uchû Senkan Yamato, les nombreux autres sacrifices qui jalonnent la saga ne sont absolument pas dictés par un soi-disant honneur de guerrier, qui voudrait que le combattant triomphe ou meurt, ou encore qu'il lave son déshonneur dans son propre sang. Dans Yamato, le sacrifice est sans aucun doute un acte de noblesse, un ressort romantique qui permet de faire vibrer la corde dramatique de l'histoire, mais il n'est jamais une fin en soi. Le sacrifice n'intervient que quand il est le dernier recours qui permet de triompher de l'ennemi, sachant que de la victoire dépend quasi-systématiquement la survie de l'humanité. Contrairement au guerrier qui se suicide égoïstement pour son honneur personnel (comme le fera quatre ans plus tôt le samouraï à la plume, Yukio Mishima), le sacrifice dans Yamato est un acte d'infinie générosité. Une fois l'acte commis, il arrive fréquemment que les survivants reconnaissants rendent hommage à celui qui a donné sa vie, mais il s'agit plus de chérir le souvenir d'un être cher que d'entretenir le culte du héros. En effet, ce sont rarement des anonymes qui se recueillent, mais ceux qui ont connu la personne de son vivant.




Le mot de la fin

Mise à part l'allusion à la seconde guerre mondiale, les références à l'histoire ou à la culture de notre monde sont très rares dans la saga Yamato. Il y en a pourtant une particulièrement intéressante dans le film Yamato Yo Towa Ni. Il s'agit de la scène ou le Yamato arrive sur une planète qui se veut être une copie conforme de la Terre telle qu'elle pourrait l'être dans le futur. Afin de leurrer l'équipage du cuirassé spatial dans le but de lui faire croire qu'il est bien de retour sur sa chère planète bleue, plusieurs grands monuments terriens sont dupliqués, parmi lesquels le sphinx et les pyramides de Gizeh, la grande muraille de Chine, la statue de la liberté, ou bien encore l'arc de triomphe. L'équipage stupéfait découvre ensuite un musée dans lequel sont exposées de nombreuses oeuvres européennes, comme La Vénus de Milo, Le penseur de Rodin (qui va d'ailleurs jouer un rôle important dans l'histoire), Le pont de l'Anglois de Vincent Van Gogh, Le joueur de fifre d'Edouard Manet, L'Angélus de Jean-François Millet, ainsi que La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix. Le choix de représenter la planète Terre par l'intermédiaire de ces oeuvres, en particulier la dernière, ne nous semble pas être celui de scénaristes nostalgiques des régimes nationalistes du 20ème siècle.


charlock & Captain Jack, juin 2005
Merci à Bertrand, Odile, ainsi qu'au site Arcadia 2000 réalisé par Bis

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[5] commentaire(s) sur cette page
le 14/09/08 par Captain Jack
Il est difficile de comparer Pearl Harbor avec les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Pearl Harbor était au moment de l'attaque, un lieu occupé par la marine militaire américaine, et donc occupé par des hommes engagés militairement. Hiroshima et Nagasaki étaient des villes occupées par des civiles. Donc ce sont bien deux choses extrêmement différentes. Donc oui, en un sens, Hiroshima et Nagasaki ont été des attaques plus odieuses que Pearl Harbor. On peut dire que pour la marine de guerre américaine, se faire bombarder sans déclaration de guerre fait partie du boulot de militaire. Par contre, pour des civiles, recevoir des bombes atomiques ne fait partie d'aucun contrat si l'on peut s'exprimer ainsi.
Mais tout cela ne sont que des appréciations sous formes de mots, et les victimes américaines, japonaises ou chinoise... n'ont jamais pu dire si elles étaient mortes de façon plus odieuse que les autres victimes.

Pour les massacres de Nankin, la question ne se pose pas. Les militaires japonais ont été de véritables monstres.
le 09/09/08 par charlock (webmaster)
en effet ces deux évènements sont odieux, d'ailleurs si vous relisez l'article, vous noterez que nous qualifions le massacre de Nankin d'ignominieux.
le 05/09/08 par Briselance
"les deux bombes nucléaires sur le japon est une agression audieuse envers toute l'humanité, made in Oncle Sam."

Et l'attaque de Pearl Harbor, sans déclaration de guerre ?
Et le massacre de Nankin ?
ça n'est pas odieux, ça ?
le 14/07/08 par anonyme
Les occidentaux, et les américains sont trés mal, vraiment trés mal placés pour parler de fachisme, les américains sont les auteurs des massacres et les bombardement les plus cruels de toutes l'histoire moderne !
faut pas cacher une foret avec un arbre ! ! !
Le Japon été un pays fort, colonialiste certes, mais il avait sa fierté. de part son héritage culturel, et de son peuple.
Les animateurs japonais ont montré qu'il été anti-guerre, ce que les américains ne font pas, et ils continuent à se faire passé pour des saints, "Pearl harbor, jour de l'infamie "...etc.
les deux bombes nucléaires sur le japon est une agression audieuse envers toute l'humanité, made in Oncle Sam.
le 05/05/07 par toranaga
tres bonne analyse ,permetez moi de rajouter que meme si le japon faisait parti des forces de l'axe (parcte tripartite du 27 09 1940).le regime japonais dit empire du japon n'a rien a voir avec le fascime ou le nazisme.ce regime politique
date du 29 10 1890 jusqu'au 3 mai 1947.
le fait que le japon fut ennemi des alliés lors de la 2éme guerre fait que certains assimilent japon et fascime.le japon est certes un etat colonial et militariste comme presque toute l'europe a cette epoque
Page modifiée le 18/08/2012 16:03
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